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Histoire et Actualité

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Yashka, journal d’une femme combattante : Russie 1914-1917

Posté le | 10 mars 2012

Yashka - Journal d'une femme combattante

Yashka - Journal d'une femme combattante. Maria Botchkareva. Editions Armand Colin - 2012

On la surnomma « la Jeanne d’Arc russe » du XXème siècle. Paysanne illettrée et femme d’exception, Maria  Botchkareva, surnommée Yashka, intégra l’armée russe au début de la 1ère Guerre mondiale. Elle prit la tête en juillet 1917 du Bataillon féminin de la mort composé de 300 femmes. A la demande du ministre de la Guerre, cette combattante hors norme partit au front pour parer à la désertion des soldats et pour redonner de la vigueur à l’engagement militaire russe dans le conflit mondial.

Malgré un très grand courage, mis à mal par les moqueries et le scepticisme des soldats, et une incroyable force physique, Maria Botchkareva ne réussira pas à sauver son pays. Arrêtée en 1919 alors qu’elle était en exil, elle sera condamnée par le tribunal militaire révolutionnaire comme « élément contre-révolutionnaire particulièrement endurci et incorrigible » puis exécutée par la Tcheka.

Son histoire, Maria Botchkareva, dit Yashka, la racontera à un jeune journaliste américain, Isaac Don Levine en juillet 1918. The Metropolitan Magazine publiera alors sous forme de feuilleton ses Mémoires, Yachka. My life as Peasant, Exile and Soldier. (Présentation de l’éditeur)

Cette édition est présentée par Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur de recherches à l’EHESS, et Nicolas Werth, directeur de recherche à l’IHTP (Institut d’histoire du temps présent).

Interview de Stéphane Audoin – Rouzeau et Nicolas Werth

Interview réalisée par l’éditeur.

Pourquoi vous êtes vous intéressés à cette femme guerrière hors du commun, Yashka ?

Stéphane Audoin-Rouzeau : « Je l’ai “rencontrée” il y plus de dix ans, en feuilletant un catalogue d’une librairie de livres anciens spécialisée sur les femmes et le féminisme. Le titre m’a attiré. Je me suis rendu compte que son histoire était inconnue et qu’elle était oubliée. De mon côté, je me suis intéressé à ce récit, qui m’a accompagné depuis des années. Je suis donc très heureux qu’il soit enfin re-publié. »

Vous dites que quelques centaines de femmes se sont volontairement engagées dans les rangs de l’armée russe, par dévouement pour leur mère patrie. Pensez-vous que cela aurait été possible dans un autre pays que la Russie ? 

Nicolas Werth : « Cette situation est typiquement russe. Il y avait en Russie une tradition d’engagement féminin, très minoritaire certes, mais significative, et ayant donné naissance à des œuvres marquantes comme Cavalière du Tsar de Nadejda Dourova. Et puis, la Russie du XIXe siècle avait été épargnée par la vague de pruderie féminine victorienne qui avait tant imprégné l’Europe occidentale. Bref, en Russie, la barrière du genre, si étanche normalement en temps de guerre, était plus poreuse qu’ailleurs. »

Forte et courageuse, Yashka a combattu les Allemands malgré de nombreuses blessures. Elle a également secouru des centaines de camarades, blessés par les tirs ennemis. En menant d’une main de maître le Bataillon féminin de la mort, elle a fait preuve d’un dévouement total pour son pays et pour son tsar, ce qui lui coûtera la vie. Quelle femme aujourd’hui sacrifierait sa vie pour sa nation ? Est-ce un phénomène unique en son genre dans l’histoire contemporaine ?

Nicolas Werth : « Les engagements féminins, poursuivis jusqu’à l’héroïsme et à la mort, sont tout de même assez nombreux au XXe siècle. Par exemple, ils se produisent de nouveau en Russie, cette fois lors de la Grande Guerre patriotique de 1941-1945. Les guerres civiles ont aussi été l’occasion d’engagements militaires intenses: guerre d’Espagne, combats de la Résistance en Europe en particulier. »

Est-ce que vous pensez que le parcours de Yashka peut aujourd’hui apporter des éléments dans le cadre de la réflexion sur la légitimité et la moralité de la présence de femmes dans certains corps « actifs » de l’armée comme l’infanterie ?

Stéphane Audoin-Rouzeau : « L’armée américaine s’est intéressée récemment à l’expérience de Yashka et un rapport a été rédigé à ce sujet,  qui conclue à l’absence de tout obstacle de fond à l’accès des femmes aux rôles combattants. Depuis 20 ans, les armées occidentales sont en effet engagées dans un processus de recrutement féminin, et si les femmes restent très minoritaires au sein des institutions militaires, il est clair qu’elles se rapprochent peu à peu des fonctions combattantes. L’obstacle, je crois, est d’ordre anthropologique avant tout. En creux, Yashka le montre bien, elle qui renonce au fond à toute féminité pour assumer sa fonction combattante. »

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