160e anniversaire du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte

C’est dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851 que le prince Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier et président de la IIe République Française, établie en 1848, mène un coup d’Etat afin de conserver le pouvoir.

Louis-Napoléon Bonaparte avait été élu président le 10 décembre 1848 au suffrage universel, pour un mandat unique de 4 ans. L’Assemblée Nationale, élue en 1849 était quant à elle conservatrice et monarchiste, loin de l’Assemblée constituante républicaine de 1848.

Pendant 3 ans, le gouvernement s’était employé à réduire l’influence des républicains, et, en 1851, Louis-Napoléon Bonaparte avait souhaité faire réviser la constitution, afin de pouvoir se représenter. Son mandat arrivait à terme en décembre 1852, alors que la constitution lui interdisait de se représenter.

Le 21 juillet 1851, la proposition de révision n’obtenait pas la majorité des trois-quarts de la chambre, nécessaires à une révision constitutionnelle. Dès lors, seul un coup de force pouvait permettre à Bonaparte de s’imposer au delà de 1852.

En novembre 1851, des bonapartistes sont ainsi nommés à des postes clés. Plusieurs fois reportée, l’opération est finalement prévue pour le 2 décembre, jour anniversaire du sacre de Napoléon Ier et de la victoire d’Austerlitz.

Le 2 décembre au petit matin, le ministre de la guerre, le général Saint-Arnaud, fait occuper par ses troupes les points stratégiques de la capitale. Le préfet de police de Paris, Maupas, fait arrêter les chefs de l’opposition, aussi bien républicains que monarchistes. Il fait placarder sur les murs de Paris un décret, annonçant la dissolution de l’Assemblée Nationale et du Conseil d’Etat, le rétablissement du suffrage universel et des élections dès la mi-décembre. En outre, l’état de siège est décrété. Une proclamation solennelle est jointe :

Français! La situation actuelle ne peut durer plus longtemps. Chaque jour qui s’écoule aggrave les dangers du pays. L’Assemblée, qui devait être le plus ferme appui de l’ordre, est devenue un foyer de complots. Le patriotisme de trois cents de ses membres n’a pu arrêter ses fatales tendances. Au lieu de faire des lois dans l’intérêt général, elle forge des armes pour la guerre civile; elle attente au pouvoir que je tiens directement du peuple; elle encourage toutes les mauvaises passions, elle compromet le repos de la France : je l’ai dissoute, et je rends le peuple entier juge entre elle et moi.

La Constitution, vous le savez, avait été faite dans le but d’affaiblir d’avance le pouvoir que vous alliez me confier. Six millions de suffrages furent une éclatante protestation contre elle, et cependant je l’ai fidèlement observée. Les provocations, les calomnies, les outrages, m’ont trouvé impassible. Mais aujourd’hui que le pacte fondamental n’est plus respecté de ceux-là mêmes qui l’invoquent sans cesse, et que les hommes qui ont déjà perdu deux monarchies veulent me lier les mains, afin de renverser la République, mon devoir est de déjouer leurs perfides projets, de maintenir la République et de sauver le pays en invoquant le jugement solennel d’un seul souverain que je reconnaisse en France; le peuple.

Je fais un loyal appel à la nation tout entière, et je vous dis: si vous voulez continuer cet état de malaise qui nous dégrade et compromet notre avenir, choisissez un autre à ma place, car je ne veux plus d’un pouvoir qui est impuissant à faire le bien, me rend responsable d’actes que je ne puis empêcher, et m’enchaîne au gouvernail quand je vois le vaisseau courir vers l’abîme.

Si, au contraire, vous avez encore confiance en moi, donnez-moi les moyens d’accomplir la grande mission que je tiens de vous.

Cette mission consiste à fermer l’ère des révolutions en satisfaisant les besoins légitimes du peuple et en le protégeant contre les passions subversives. Elle consiste surtout à créer des institutions qui survivent aux hommes et qui soient enfin des fondations sur lesquelles on puisse asseoir quelque chose de durable.

Persuadé que l’instabilité du pouvoir et la prépondérance d’une seule Assemblée sont des causes permanentes de trouble et de discorde, je soumets à vos suffrages les bases fondamentales suivantes d’une constitution que les assemblées développeront plus tard :

1° Un chef responsable nommé pour dix ans;
2° Des ministres dépendants du pouvoir exécutif seul;
3° Un conseil d’Etat formé des hommes les plus distingués préparant les lois, et en soutenant la discussion devant le Corps législatif;
4° Un Corps législatif discutant et votant les lois, nommé par le suffrage universel, sans scrutin de liste qui fausse l’élection;
5° Une seconde Assemblée, formée de toutes les illustrations du pays, pouvoir pondérateur, gardien du pouvoir fondamental et des libertés publiques.

Ce système, créé par le Premier Consul au commencement du siècle, a déjà donné à la France le repos et la prospérité; il les lui garantirait encore.

Telle est ma conviction profonde. Si vous la partagez, déclarez-le par vos suffrages. Si, au contraire, vous préférez un gouvernement sans force, monarchique ou républicain, emprunté à je ne sais quel passé ou à quel avenir chimérique, répondez négativement. Ainsi donc pour la première fois depuis 1804, vous voterez en connaissance de cause, en sachant bien pour qui et pour quoi.

Si je n’obtiens pas la majorité de vos suffrages, alors je provoquerai la réunion d’une nouvelle assemblée, et je lui remettrai le mandat que j’ai reçu de vous. Mais si vous croyez que la cause dont mon nom est le symbole, c’est-à-dire la France régénérée par la révolution de 89 et organisée par l’Empereur, est toujours la vôtre, proclamez-le en consacrant les pouvoirs que je demande. Alors la France et l’Europe seront préservées de l’anarchie, les obstacles s’aplaniront, les rivalités auront disparu, car tous respecteront, dans l’arrêt du peuple, le décret de la Providence.

Alors que l’accès au siège de l’Assemblée Nationale est interdit, plus de 200 députés parviennent à se réunir à la mairie du 10e arrondissement de Paris. Sous la présidence de Benoist d’Azy, pour une ultime session, l’Assemblée décrète, suivant l’article 68 de la constitution, attendu qu’il est fait obstacle à l’exécution de son mandat, la déchéance de Louis-Napoléon Bonaparte de sa fonction de Président de la République, et le met en accusation pour haute trahison. Le commandement des troupes est confié au général Oudinot.

Mais très vite, avant même que les décrets ne soient imprimés et publiés, l’armée fait irruption dans la salle et après quelques protestations, met en arrestation les 220 députés présents.

La population de Paris, elle, ne bouge pas ou peu, et laisse faire le pouvoir exécutif. Le lendemain, quelques barricades sont érigées dans les quartiers populaires, comme le faubourg Saint-Antoine, mais elles ne tiennent pas. La troupe tire sur la foule, tuant au passage le représentant Baudin.

D’autres essais restent également infructueux, et, quand les nouvelles parviennent en province, les quelques insurrections déclenchées par les partisans de la république ne peuvent changer le régime établi. Le 2 décembre 1852, exactement un an plus tard, l’Empire sera restauré.